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Biographie et Discographie de Stevie Wonder

Prénom : Stevie
Nom : Wonder
Date de naissance : 13 Mai 1950 à Saginaw, Michigan
Site officiel : www.steviewonder.net

Biographie de Stevie Wonder

Né Steveland Judkins Morris, chanteur, pianniste, harmoniste, batteur, auteur-compositeur, producteur.

Le paradoxe n’est pas mince : le seul artiste resté fidèle à Motown tout au long de la longue histoire de la marque est sans doute celui qui a le plus contribué à remettre en cause la politique d’intégration musicale sur laquelle Berry Gordy a construit la réputation de sa firme. Alors que Gordy considérait la dilution de l’âme afro-américaine comme une concession indispensable à l’entrée de ses artistes sur le marché Pop, Wonder a prouvé qu’à long terme, l’arme la plus sûre dont disposait la musique populaire noire pour négocier une place à sa mesure dans l’univers du disque était sa capacité constante d’invention et d’innovation. Cette vision d’avant-garde n’allait pas de soit et Wonder a mené une lutte de tous les instants pour l’imposer. Sa carrière, dans sa longévité, est d’ailleurs traversée d’incidents de parcours qui ont bien failli faire taire sa voix à diverses reprises ; menacé d’abandon par sa maison de disques au lendemain de son premier succès, critiqué au moment de l’adolescence et à nouveau à sa majorité, Wonder à longtemps été victime de son génie exploratoire. Ces difficultés ne l’ont pas empêché de surmonter les obstacles qui se dressaient sur sa route en accumulant les récompenses, comme le prouvent les dix-sept Grammys qui lui ont été décernés. Imperméable à la critique, refusant de se laisser étouffer par des contraintes purement commerciales, immergé à tout jamais dans son propre univers, ce créateur insatiable fait partie de ces musiciens qui ne vivent que leur art. En cela, le reflexe original de sa maison de disques, qui l’avait surnommé à ses débuts The 12-years-old Genius, était le bon : Stevie Wonder est bien un génie.

Ce qualificatif contraste avec ses débuts dans l’existence ; arrivé au monde avant terme, il est placé dans un incubateur lorsqu’un mauvais réglage de l’arrivé d’oxygène le prive définitivement de la vue. Dans le pays le plus riche du monde, la médecine est mal accessible aux plus modestes, mais le futur Stevie Wonder s’est toujours refusé à parler de malchance en évoquant sa naissance : « Le même jour, une autre petite fille qui venait de naître a également été placée dans un incubateur qui fonctionnait mal et elle en est morte. Alors, vous comprenez, je serais mal inspiré de dire que je n’ai pas eu de chance. » Une réflexion caractéristique de la philosophie positive, mais jamais naïve, que le chanteur adopte dès son plus jeune âge. La musique, très présente à Detroit où sa famille s’est installée en 1954, passe rapidement au premier rang de ses préoccupations. Quand les autres enfants passent des heures devant la télévision, il découvre à la radio tous les succès rhythm & blues du moment. Après avoir commencé par maîtriser l’harmonica et la batterie, il étudie le piano dans l’espoir de ressembler un jour à Ray Charles.

A l’âge de dix ans, Stevie Wonder le duo Stevie and John avec un copain du nom de John Glover. Le cousin de celui-ci, Ronnie White, est impressionné par les qualités vocales du jeune Stevie. La chance veut que ce tout premier admirateur soit membre du groupe les Miracles, qui squatte les hit-parades au début de 1961 avec Shop Around. Rendez-vous est pris avec Berry Gordy, le patron de Motown qui sait reconnaître un talent lorsqu’il en tient un, et Steveland est sous contrat. On commence par lui trouver un nom de scène ; depuis le succès de Little Esther, Little Willie John, de Little Anthony Gourdine, la mode est aux jeunes vedettes et Gordy propose d’appeler son protégé Stevie the Little Wonder (Stevie la petite merveille) avant d’opter pour Little Stevie Wonder.

Après quelques 45-t qui passent inaperçus, Little Stevie arrive en trombe sur les charts grâce à un instrumental à l’harmonica baptisé Fingertips – Pt 2 qui offre à Motown l’un de ses premiers grands succès au début de l’été 1963. Au regard de ce best-seller, les hits plus modestes qui prennent le relais font pâle figure et certains responsable de Motown, sûrs que Stevie a donné le meilleur de lui-même, conseillent à Gordy de se défaire de sa jeune recrue. En dépit de ces avis, Gordy tient bon et Little Stevie fait ses classes au sein des tournées organisées par Motown, aux Etats-Unis comme en Europe.

En 1966, Stevie abandonne le qualificatif « Little » pour aborder un répertoire plus en adéquation avec sont adolescence. Une fois encore, il échappe de peu au verdict de ceux qui souhaiteraient le renvoyer chez lui alors que sa voix est en train de muer. Grâce à la fidélité de professionnels comme le producteur Clarence Paul ou la parolière Sylvia Moy, Wonder fait taire ses ennemis le jour où il retrouve les hauteurs des hit-parades avec une impressionnante série de best-sellers crossover - Uptight (Everything’s Alright) (N°1 R&B et N°3 Pop) et Blowin’ in the Wind (N°1 R&B et N°9 Pop), emprunté à Bob Dylan, en 1966, I Was Made to Love Her (N°1 R&B et N°2 Pop) en 1967, Shoo-Be-Doo-Be-Doo-Da-Day (N°1 R&B et N°9 Pop) en 1968, Signed, Sealed, Delivered I’m Yours (N°1 Soul et N°3 Pop) en 1970 – auxquels s’ajoutent une douzaine de hits à peine moins bien placés sur les charts au cours de la même période (Nothing’s Too Good for My Baby, A Place in the Sun, I’m Wondering, You Met Your Watch, For Once in My Life, My Cherie Amour, Heaven Help Us All…), sans même parler des succès qu’il donne à d’autres, tels que It’s a Shame des Spinners ou The Tears of a Clown pour les Miracles.

Ce palmarès ne suffit pas à faire taire les critiques au sein de Motown, où l’on n’apprécie pas toujours le franc-parler et la personnalité extravertie de Stevie. Il n’est pourtant pas question de laisser partir un artiste qui a rapporté plus de trente millions de dollars à la compagnie et sa décision de ne pas poursuivre ses aventures musicales sous les couleurs de la firme de Detroit le jour de sa majorité au printemps 1971 résonne comme un coup de tonnerre. A l’heure où il est enfin en mesure de prendre en main sa propre destiné, Stevie vient de s’apercevoir que ses gains sont loin d’être à la hauteur de ses espérances et il décide de financer lui-même l’enregistrement de son prochain album avec une partie du « maigre » million de dollar qui lui revient. Après avoir fait languir Gordy quelques mois, le chanteur devenu businessman peut alors renégocier un contrat qui lui laisse toute liberté artistique.

Ce pari audacieux va mettre quelques temps à porter ses fruits. Music of My Mind, publié en mars 1972, est tellement novateur avec ses synthétiseurs et ses harmonies d’un nouveau genre que le grand public n’adhère pas complètement, même si les professionnels saluent unanimement un génie créateur : avec Marvin Gaye, Isaac Hayes et Sly Stone, Stevie Wonder fait entrer dans les mœurs de la soul le principe d’albums porteurs d’un message cohérent, alors que la tendance était jusqu’alors d’utiliser le 33-t pout y accumuler des singles. Dans la foulée, les Rolling Stones lui proposent d’assurer la première partie de leur tournée américaine, tandis que Stephen Stills et Eric Clapton font appel à lui en studio. Wonder ne tarde pas à récolter les fruits de cette politique, grâce aux albums suivants : avec Talking Book, il renoue simultanément avec la première place des charts Soul et Pop – un doublé qu’il n’avait connu que pour Fingertips – grâce à Superstition au début de 1973, tandis que You Are the Sunshine of My Life prend la tête du Hot 100 et la troisième place des charts Soul quelques semaines plus tard. Innervisions est tout aussi porteur à la fin de la même année avec Higher Ground (N°1 Soul et N°4 Pop) l’étonnante fresque sonore de Living for the City (N°1 Soul et N°8 Pop) et Don’t You Worry ‘Bout a Thing. Personne ne pense plus à le nier, le son « Wonder » a définitivement révolutionné la musique populaire noire, influençant au passage les plus grands talents du moment.

Une fois de plus, le sort joue contre Stevie, victime le 6 aout 1973 d’un accident de la route qui manque de lui coûter la vie. Cette épreuve l’amène à modifier son regard sur l’existence. Son mariage avec la chanteuse Syreeta Wright s’est dissous amiablement en 1972 au terme de deux années de vie commune, mais Stevie souhaite plus que jamais avoir des enfants, ce que rend possible sa relation avec Yolanda Simmons ; au plan personnel, tous ses proches s’accordent à lui découvrir une sérénité nouvelle qui se traduit sur scène par le recrutement d’un orchestre aux sonorités plus épurées, en studio par sa participation au 33-t Perfect Angel de Minnie Riperton, par l’écriture de Tell Me Something à l’intention de Shaka Khan du groupe Rufus, et avant tout par l’enregistrement de son nouvel album, Fulfillingness’ First Finale. Ce recueil, fortement marqué par son contact avec la mort, vient enrichir sa collection de best-sellers de deux nouveaux Numéro Un en 1974 : You Haven’t Done Nothin (en compagnie des Jackson 5, également N°1 Pop) et Boogie On Reggae Woman.

Stevie Wonder se trouve désormais placé dans une spirale périlleuse qui le contraint à proposer toujours mieux s’il entend conserver intacte sa réputation. Sa production suivante, annoncée et reportée à plusieurs reprises, mobilise tous ses efforts pendant près de deux ans ; la sortie de Songs in the Key of Life, un double-album dont l’influence sera déterminante sur le monde de la soul et bien au-delà, reste à ce jour l’évènement de sa carrière avec une succession de compositions majeurs (I Wish et Sir Duke, doubles Numéro Un Pop et Soul, As, Another Star, Village Ghetto Land, Pastime Paradise, Isn’t She Lovely…) élevé depuis au rang de classiques. La déconvenue est d’autant plus grande’ lorsque sort Journey Through the Secret Life of Plants, conçu pour illustrer un film documentaire. L’échec de ce recueil écologico-instrumental, universellement rejeté par le public et la critique, l’oblige à retourner en studio plus rapidement qu’a son habitude pour y concocter Hotter Than July. Cette « session de rattrapage » constitue une immense réussite commerciale et artistique pour Stevie, plébiscité par le public international pour son hommage à Bob Marley, Master Blaster (Jammin’) (N°1 Soul et N°5 Pop).

Avec la décennie qui s’ouvre, le succès ne se dément plus pour Wonder qui met son point d’honneur à explorer de nouvelles voies. Si les nostalgiques des années 1970 ont tendance à lui reprocher un rapprochement de plus en plus prononcé avec la grande variété, c’est à ce prix qu’il parvient à maintenir l’audience de la musique soul à l’heure où elle traverse une crise de conscience particulièrement grave. Après That Girl en 1982, une composition inédite extraite d’une compilation de ses succès classés en tête des hit-parades noirs pendant neuf semaines, il flirte avec Hollywood en composant la chanson du film The Woman in Red (La fille en rouge, version américaine du Grand Blond de Pierre Richard). I Just Call to Say I Love You, le disque le plus vendu de sa carrière avec un sixième doublé en tête des classements Pop et Black, lui vaudra un Oscar ainsi que le boycott de ses chansons à la radio sud-africaine pour avoir dédié son prix à Nelson Mendela.

On ne peut d’ailleurs dresser le portrait de Stevie Wonder sans évoquer son militantisme politique et humanitaire. Chouchou des grandes émissions de télévision et des rencontres en studio avec le gratin de la chanson – Paul Mc Cartney avec Ebony and Ivory en 1982, Dionne Warwick, Elton John et Gladys Knight avec That’s What Friends Are for en 1985, Michael Jackson avec Get It et Julio Iglesias avec My Love en 1988, Whitney Houston avec We Didn’t Know en 1992, How Come, How Long avec Babyface en 1997 -, ce créateur engagé ne manque jamais une occasion de faire partager ses convictions, qu’il s’agisse de défendre la mémoire de Martin Luther King (Happy Birthday titre festif et militant dont il se sert en 1980 pour faire du jour de naissance du leader afro-américain une fête nationale), de combattre la famine en Ethiopie (We Are the World en 1985), de déclarer la guerre à l’alcool au volant (Don’t Drive Drunk en 1984) ou de dénoncer l’apartheid (It’s Wrong (Apartheid) en 1985 et Keep Our Love Alive en 1996). Nul doute que ses positions de pourfendeur de toutes les injustices a su lui attirer les faveurs d’un public élargi, favorisant les ventes des albums In Square Circle (1985, avec son best-seller Part-Time Lover sur lequel on peut entendre Luther Vandross), Characters (Skeletons, You Will Know, Get It en 1987-88), You, Fun Day, These Three Days, trois extraits du film Jungle Fever en 1991) et Conversation Peace (1995). On se doit pourtant de constater que si la qualité reste de mise, l’innovation n’est plus au rendez-vous des dernières productions d’un artiste qui semble aujourd’hui prendre du recul par rapport à son métier sans pour autant renoncer à porter la parole de la soul à travers le monde, comme l’illustrait en 1995 le recueil Natural Wonder, enregistré en public au Japon et en Israël.

Biographie tirée de l'ouvrage Encyclopédie du Rhythm & Blues et de la Soul de Sebastian Danchin, éditions Fayard (2002).

Stevie Wonder

Discographie

1972Talking BookStevie Wonder - Talking Book
1973InnervisionsStevie Wonder - Innervisions
1974Fulfillingness' First FinaleStevie Wonder - Fulfillingness' First Finale
1976Songs in the Key of LifeStevie Wonder - Songs in the Key of Life
1979Journey Through the Secret Life of PlantsStevie Wonder - Journey Through the Secret Life of Plants
1980Hotter Than JulyStevie Wonder - Hotter Than July
1982Original MusiquariumStevie Wonder - Original Musiquarium
1984The Woman In RedStevie Wonder - The Woman In Red
1985In Square CircleStevie Wonder - In Square Circle
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