Chant, production, auteur/compositeur, guitare, piano, batterie
Abbott est arrivé sur le marché du disque à un moment où la jeunesse afro-américaine s’éloignait de la soul urbaine, attirée par les sirènes du rap, ce qui explique son impact limité sur les charts. S’exprimant dans un registre sentimental épuré auquel il donne le nom de groove ballad, il a choisi de faire une carrière internationale avant de retourner à ses premières amours, l’écriture et la production.
Lorsque Gregory est pris sous contrat par CBS en 1986, la firme lui donne toute latitude de réaliser lui-même son premier album. Cette décision, inhabituelle dans le cas d’un artiste inconnu, n’est pas aussi surprenante qu’il n’y paraît lorsqu’on sait qu’Abbott maîtrise parfaitement les techniques de studio, apprises auprès de son maître à penser, Marvin Gaye. La musique n’a longtemps été qu’un hobby pour ce natif de Harlem, fils d’une mère vénézuelienne et d’un père originaire d’Antigua. Membre de la chorale de la chorale de la cathédrale Saint-Patrick de New York dès l’âge de huit ans, il entame des études de psychologie à Boston avant de s’établir dans la région de San Francisco où il fréquente la prestigieuse Stanford University. Renonçant à l’enseignement, il décide d’interrompre son cursus universitaire lorsqu la rencontre avec Marvin Gaye au milieu des années 1970 lui ouvre de nouveaux horizons. Il s’installe à Los Angeles où il épouse la chanteuse Freda Payne et commence par donner à sa femme plusieurs titres pour ses albums Stares and Whispers et Supernatural High en 1978, avant de retourner à New York où il évolue dans le milieu de Wall Street tout en gérant son propre label, Gramercy Park Records. Après avoir tenté sa chance comme producteur du groupe E.Q. pour la marque Atlantic, il finit par s’affirmer comme interprète au milieu des années 1980, proposant à Columbia trois maquettes qui servent de base à l’album Shake You Down. Le titre préféré de Gregory est I Got the Feelin’ (It’s Over), mais la maison de disques opte pour la plage titre du disque, un choix avisé puisque cette déclaration amoureuse connaît un succès crossover considérable à l’automne 1986 en s’imposant simultanément en tête des hit-parades Pop, Black et Dance, entraînant dans sa course l’album qui dépasse la marque du demi-million d’exemplaires. Dans la foulée, I Got the Feelin’ entre à son tour dans le Top 10 afro-américain au printemps suivant, un an avant la sortie d’un nouveau recueil intitulé I’ll Prove It to You, porté par le single du même titre. A l’automne 1988, un hit mineur, Let Me Be Your Hero, lui offre un dernier succès mais la carrière d’interprète d’Abbott s’étiole, malgré une pluie de récompenses et plusieurs tournées à l’étranger, notamment au Japon, en Russie, au Portugal ou encore en Belgique où il a tourné une vidéo avec la princesse Stéphanie de Monaco. Il a choisi par la suite de se consacrer principalement à l’écriture, en particulier pour le cinéma et la télévision, tout en poursuivant discrètement sa propre carrière en studio en 1994 avec One World !, un recueil aux fortes consonances caraïbes enregistré en hommage à son père, dont on retrouve quelques extraits en 2000 dur Eyes Whispers, Rhythm, Sex… Avec de nouveaux exemples de ses groove ballads.
Biographie tirée de l'ouvrage Encyclopédie du Rhythm & Blues et de la Soul de Sebastian Danchin, éditions Fayard (2002).