Barbara Jean Acklin est l’une des voix féminine les plus attachantes de la soul urbaine qui s’est développé au cours des années 1960 dans les ghettos de grandes métropoles du Midwest. Si sa carrière d’interprète s’est étalée sur moins de dix ans, ses capacités de parolière lui valent une place d’honneur dans l’univers de la soul de Chicago et même au-delà, ses compositions ayant été reprises par le rapper MC Hammer, Paul Young et UB40.
Elevée dans une famille marquée par la musique (sa grand-mère était chanteuse de blues), Barbara quitte la Californie en 1948 pour s’installer à Chicago avec ses parents. A onze ans, elle est soliste dans la chorale de la Big Zion Baptist Church sur la 66e Rue, une expérience qu’elle met à profit à l’adolescence pour faire ses premiers pas sur scène dans les clubs du South Side de la Windy City. Par l’intermédiaire de son cousin, le saxophoniste et producteur Monk Higgins, elle entre comme secrétaire chez St. Lawrence Records où elle travaille accessoirement comme choriste avant d’enregistrer son premier 45-t sous le pseudonyme de Barbara Allen. Lorsque Higgins est recruté par la firme Chess, Acklin le suit, figurant en tant que choriste sur des enregistrements de Koko Taylor, Minnie Riperton, Etta James, Fontella Bass…
En 1966, on la retrouve réceptionniste chez Brunswick où elle travaille sous les ordres de Carl Davis, producteur phare de la scène chicagoanne. A force de harceler Davis, Acklin parvient à lui soumettre le texte de d’une chanson co-écrite avec David Scott des Five Du-Tones, Whispers (Gettin’ Louder), qui donne à Jackie Wilson un best-seller en 1966. Pour la remercier, Wilson lui ouvre les portes du studio et Barbara peut enfin révéler ses dont d’interprète le temps d’une saison 1968 mémorable qui débute au printemps par un duo avec Gene Chandler, Show Me the Way to Go. C’est toutefois son succès suivant qui fait la différence, Love Makes a Woman, extrait de l’album du même titre, lui valant une troisième place dans les charts noirs pendant l’été. Un nouveau duo avec Chandler à l’automne (From the Teacher to the Preacher) entraîne dans son sillage l’album Love Makes a Woman, ainsi qu’une série d’autres hits, notamment Am I the Same Girl début 1969 dont la bande orchestrale, à peine modifiée et rebaptisée Soulful Strut, offre au groupe Young-Holt Unlimited un succès instrumental conséquent.
Chez Brunswick, Barbara fait la connaissance de Eugene Record, le leader des Chi-Lites, avec lequel elle écrit plusieurs titres avant de l’épouser. Si le tournant des années 1970 est moins brillant pour la carrière d’interprète d’Acklin, la parolière est en revanche comblée par la série de succès obtenus par le Chi-Lites avec des compositions comme Have you Seen Her (1971), Stoned Out of My Mind (1973) et Toby (1974). Dans le même temps, elle quitte sa maison de disques pour poursuivre sa carrière de chanteuse chez Capitol, engrangeant un dernier succès d’importance en 1974 avec Raindrops, tiré de l’album A Place in the Sun ; deux modestes hits plus tard, l’arrivée du disco se charge de mettre un terme à sa carrière sur scène, ce qui n’a pas empêché Acklin de continuer a s’impliquer dans la scène soul. Choriste de tournée avec Tyrone Davis, road manager d’Ike Turner, complice en studio d’Otis Clay, elle s’affiche même en concert aux côtés de Major Lance et de Gene Chandler lors du Chicago Blues Festival 1994 avant de disparaître quatre ans plus tard, emportée par une pneumonie.
Biographie tirée de l'ouvrage Encyclopédie du Rhythm & Blues et de la Soul de Sebastian Danchin, éditions Fayard (2002).