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Biographie et Discographie de Chi-Lites

Nom : Chi-Lites
Formé en : 1964 à Chicago, Illinois
Site officiel : www.chi-lites.info

Biographie de Chi-Lites

Grâce à ce groupe dirigé par Marshall Thompson et animé par Eugene Record, Chicago partage avec Philadelphie le privilège d’avoir mis à l’honneur un style de soul policé et urbain, tourné vers le public des pistes de danse, annonciateur de la vague disco. Considérer ces héritiers de la tradition doo-wop comme un simple ensemble de dance, aussi efficace soit-il, serait pourtant réducteur. La puissance de conviction de la voix de ténor de Eugene Record, la charge émotionnelle de son falsetto, la qualité de ses compositions qui oscillent constamment entre ballade sentimentale et manifeste politique constituent autant d’atouts pour l’une des formations les plus originales de la soul du tournant des années 1970.

La particularité des Chi-Lites est d’avoir assuré directement la transition entre le doo-wop et les harmonies vocales de la dance-soul, le succès associé à la soul traditionnelle des années soixante leur ayant totalement échappé. Deux formations de doo-wop sont à l’origine de ce groupe : Les Chaunteurs de Robert Lester, Clarence Johnson et Eugene Record, et les Desideros de Marshall Thompson et Red Jones. A force de s’affronter sur scène, de se croiser dans les concours de chant et de s’apercevoir dans les bureaux de la petite compagnie Renee pour laquelle ils enregistrent tous, les cinq jeunes gens décidèrent d’unir leur forces en 1963 sous le nom des Hi-Lites. Après le départ de Clarence Johnson et un premier 45-t prometteur qui leur vaut un contrat chez Blue Rock (une filiale de Mercury), les Hi-Lites ajoutent un « C » à leur nom de scène pour éviter un procès avec un ensemble concurrent, déjà détenteur du même nom de scène.

On est en 1965 et les Chi-Lites traversent des heures difficiles, partageant une même chambre de bonne et mettant en commun le peu d’argent qu’ils gagnent individuellement ici et là. La ténacité dont ils font preuve jusqu’à l’arrivé du succès, quatre ans plus tard, est tout à leur honneur. Refusant de se décourager, leur leader Marshall Thompson multiplie les démarches, profitant des contacts dont dispose son père, Marshall Thompson Sr., un batteur réputé dans l’univers du jazz de la Windy City. La rencontre de Thompson et Record en 1967 avec le producteur Carl Davis constitue une avancée importante ; en charge depuis peu des intérêts de Brunswick, Davis apprécie les qualités d’organisation de Thompson comme les dons de parolier de Record, permettant aux Chi-Lites d’enregistrer un premier titre sur la sous-marque Dakar. Les ventes de Price of Love sont suffisamment encourageantes localement pour que les Chi-Lites soient transférés sur Brunswick en 1968, quelques mois avant que Give It Away ne devienne leur premier hit en se classant dans le Top 10 R&B à la fin de l’hiver 1969.

La roue se met a tourner très vite pour les Chi-Lites qui publient leur premier album, Give It Away, au lendemain de la réussite d’un nouveau single, Let Me Be the Man My Daddy Was. Ils transforment l’essai en 1970 avec un autre 33-t, I Like Your Lovin’, et une série de hits psychédéliques bien dans l’air du temps : 24 Hours of Sadness, I Like Your Lovin’ (Do You Like Mine) et Are You My Woman ? (Tell Me So). Les deux saisons suivantes sont plus réussies encore, tant au plan commercial que d’un point de vue artistique ; surtout centrés sur la ballade dans leurs premiers enregistrements, les Chi-Lites apportent leur contribution à la révolution des mentalités qui se fait jour au sein de la communauté noire en interprétant les textes militants, plébiscités par le public afro-américain : (For God’s Sake) Give More Power to the People et We Are Neighbors (1971).

Cette période met particulièrement en valeur le falsetto de Eugene Record, mais aussi ses capacités de parolier. Après avoir fait ses premières armes d’auteur pour le compte d’autres représentants de la soul chicagoanne (Loves Makes a Woman pour Barbara Acklin qu’il va épouser, et Soulful Strut pour Young-Holt Unlimited en 1968, There’ll Come a Time pour Betty Everett en 1969, Love Uprising pour Otis Leavill en 1970), Record concentre ses efforts sur son groupe, définitivement consacré au cours de la saison 1971-72. Avec plus d’un million d’exemplaires vendus, les albums (For God’s Sake) Give More Power to the People et A Lonely Man engrangeant les bénéfices de Have You Seen Her et Oh Girl, deux best-sellers considérables qui portent pour la première fois le nom des Chi-Lites dans le Top 10 Pop, Oh Girl prenant simultanément la tête des charts Soul et du Hot 100 au printemps 1972.

Le rythme ne ralentit pas au cours des mois suivants, le palmarès du groupe s’étoffant avant la fin de l’année avec The Coldest Days of My Life (Part 1), A Lonely Man of My Life et I Found Sunshine en 1973, Homely Girl, There Will Never Be Any Peace (Until God Is Seated at the Conference Table), You Got to Be the One et Toby en 1974, autant d’extraits d’albums comme A Letter to Myself, Chi-Lites et Toby qui se retrouvent invariablement classés dans les ventes du moment.

Le départ de Red Jones en 1973 est annonciateur du changement à venir au sein du groupe. Les Chi-Lites testent plusieurs voix de basse avant de fixer leur choix sur Doc Roberson, transfuge d’un autre groupe vocal de Chicago, mais le tournant est plus brutal encore lorsque Eugene Record annonce son intention de prendre son indépendance en 1976. Plusieurs facteurs conjugués justifient cette décision. Depuis des mois, submergés par les offres de concerts et de tournées, les Chi-Lites ont laissé le soin à leurs avocats de gérer leurs affaires. Lorsqu’un audit de leur maison de disques fait apparaître des irrégularités, l’administration fiscale se penche sur les revenus des Chi-Lites et ordonne une série de redressements. Dans le même temps, Brunswick bat de l’aile sous le poids de ses difficultés financières et la carrière discographique du groupe s’enlise, faute de promotion. Pour échapper à cette débâcle, Record part vivre sa vie chez Warner Bros. tandis qu’une nouvelle mouture des Chi-Lites tente de réapprivoiser le succès chez Mercury.

Ces changements ne bénéficient à personne : entre 1977 et 1980, le nom des Chi-Lites disparaît des hit-parades et celui de Record n’y fait qu’une incursion mineure. L’arrivée d’une nouvelle décennie incite les quatre fondateurs du groupe à se retrouver, cette fois sous les couleurs de Chi-Sound, la compagnie montée par Carl Davis après son départ de Brunswick. Heavenly Body en 1980 et Hot on a Thing (Called Love) au début de 1982, deux titres tirés de l’albums très portés sur la dance, montrent que tout n’est pas perdu ; c’est toutefois au label Larc que les Chi-Lites doivent finalement de retrouver le Top 10 noir pour la première fois en huit ans, grâce à Bottom’s Up au printemps 1983. L’évolution des modes dans les ghettos se charge de mettre un terme à cette embellie et les Chi-Lites se contentent de vivre de leur réputation en continuant à vendre des albums à leurs anciens fans. L’année 1990 vient rompre la monotonie d’une carrière qui s’use, Eugene Record décidant de quitter le groupe une seconde fois. Cette même année, la reprise par MC Hammer de Have You Seen Her, tout comme celle de Oh Girl par le chanteur anglais Paul Young, ranime la flamme pour les Chi-Lites restants qui ont repris le chemin des studios pour le compte d’Ichiban, Castle, Trace ou Copper Sun, tout en constituant à se produire abondamment pour un public nostalgique de l’ère soul. En 1998, une rencontre sur disque avec le rapper Malachi (Tryflyn) illustrait le souci des Chi-Lites de rajeunir leur audience.

Biographie tirée de l'ouvrage Encyclopédie du Rhythm & Blues et de la Soul de Sebastian Danchin, éditions Fayard (2002).

Chi-Lites

Oeuvre associée

1970I Like Your Lovin' (Do You Like Mine)Chi-Lites - I Like Your Lovin' (Do You Like Mine)
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